Le voyage dont la description va suivre est la réalisation d'un de ces rêves qui naît dans une idée subite, voire bizarre, ce que nos voisins allemands appellent une "Schnapsidee", une idée développée à la fin du repas, lors du pousse-café.
Car c'est bien ainsi que tout a commencé, au début des années 90 : avec mon copain allemand, Harald, nous discutions de voyages à la fin d'un repas.
- Ce serait génial de faire de la moto aux States, la route 66, par exemple,disait-il.
- Encore faudrait-il avoir le permis moto !
L'idée a fait son chemin, et à force d'en parler, il a fallu le déclic pour que je me décide à passer le permis. Ce déclic est venu sous la forme d'un défi lancé en octobre 98 par mon fils aîné :
- Si tu attends encore longtemps, il faudra te mettre des roulettes !
- Attends, petite fripouille ! Ah, ces jeunes ! Plus aucun respect pour lesvieux !
Il n'en a pas fallu plus… Janvier 99 : le permis. Avril : la moto.
Renseignements pris, les loueurs n'autorisent la location qu'à des conducteurs qui ont leur permis depuis plus de deux ans. Il ne me restait donc qu'à prendre patience et à aligner les bornes (9000 par an en moyenne).
La réalisation s'est donc faite cette année.
Partir comment ?
Seul ? Pourquoi pas, ce n'est pas l'habitude qui manque puisque je fais chaqueannée, depuis 2000, un voyage de deux semaines (3000 km en général) seul.
Bon, après tout, mieux vaut être à plusieurs, sécurité oblige.
Je contacte un premier voyagiste (Nouveau Monde) qui propose des itinéraires avec réservation des hôtels à la convenance de chacun. Point barre, sans plus. Sauf peut-être un road-book pour ne pas se perdre.
Pourquoi pas, encore faut-il trouver un ou plusieurs autres motards. A des prix tournant autour 15 000 F, ce n'est pas évident.
Entre temps, je tombe sur un article de journal consacré à une agence située près de Strasbourg et qui propose des voyages intéressants : location de la HD, réservation des hôtels, camion d'accompagnement pour le transport des bagages et l'eau fraîche, groupes de 10 motos (plus ou moins). Renseignements pris, c'est plus cher, mais vu les prestations, baste, ne soyons pas radins !
En définitive, avec les surcoûts "seul sur la moto" et "seul dans la chambre", plus le pré-acheminement sur Roissy, le voyage revient à 5000€ (dont 1800€ de location de la moto).
Etape tranquille et sans moto : 12h30 d'avion dont 2h d'attente sur le parking parce que quelques clampins avaient laissé leurs bagages sans surveillance dans le hall d'attente (ils ont d'ailleurs failli se faire lyncher par les passagers qui ont dû attendre pour embarquer !). Le décollage a finalement lieu à 15h30, l'arrivée à 17h (heure locale : 9h de décalage).
L'accueil se fait par le couple de guides, Fabrice et Karine, qui nous emmènent à l'hôtel à Marina del Rey où nous attend un pot d'accueil : les participants font connaissance et les guides nous prodiguent quelques conseils pour les restaurants (les prix sont HT et sans le service). Soirée libre.
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Après un briefing où il nous peint le diable au mur (attention aux excès de vitesse, etc.),... |
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...Fabrice nous envoie, à pied, récupérer les motos chez Bartels, quelques rues plus loin. |
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Pendant les formalités de location, certain E s vont faire chauffer leur carte bleue au magasin de la concession.
Puis, vers 11h, c'est le départ. Le passage d'un Yam 600 (200 kg) à une HD Heritage (320 kg) n'est pas évident : outre le poids, il faut s'habituer aux manettes de clignotants (une de chaque côté), à la position assise différente, aux vibrations (chaque coup de piston est un coup de pied au derrière !), au bruit (J'ai hérité - si j'ose dire - de la plus bruyante ! Je ne sais pas pourquoi certains autres me l'envient !), etc.
Le temps est gris et frais. Nous prenons l'autoroute 405 qui nous emmène vers le sud-est.
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Après 1h30 de route, nous arrivons près de Mission Viejo à un bistro de bikers. Les HD s'alignent par dizaines, certaines plus belles que d'autres. |
La salade taco est servie dans une crêpe frite (taco) en forme de saladier ; la portion est plus que généreuse !
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Un vieil indien, compositeurs à ses heures, nous fait de la musique (soundmachine + harmonica !). |
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Après le repas, nous continuons vers le nord et direction de Riverside, puis nous bifurquons vers l'est sur l'autoroute 10. La température augmente au fur et à mesure que l'on pénètredans cette partie nord du désert du Colorado. Il s'agit en fait d'une vallée qui s'élargit peu à peu pour déboucher sur le golfe de Californie. Les vents y sont permanents, ce qui explique les champs d'éoliennes qui s'y trouvent.
Installation au Hyatt Resort àPalm Springs : la chambre est magnifique ; il s'agit en fait d'une suite avec salon, coin cuisine, chambre à coucher et terrasse.
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La vue sur Palm Springs depuis la terrasse de la chambre. |
Après l'installation et la lessive (la chemise est à essorer avant lavage et après, elle est sèche en 1h avec le petit 40° qui règne à l'extérieur) je faisun petit tour à la piscine (non chauffée, mais l'eau est à presque 30°), puis un repas léger en ville. C'est l'occasion de flâner en repérant les noms des stars inscrits (dans des étoiles de granite, précisément) dans le trottoir de la rue principale.
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Nous parcourons le Park à notre rythme, le temps de découvrir de nouveaux paysages. |
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Après la sortie du parc, la route nous mène vers 29 Palms (non, je n'ai pas vérifié si le compte y est !) où nous faisons la pause de midi.
Après le repas chez le grec du coin, nous reprenons la route vers Amboy. Dès la sortie de la ville, on a l'impression qu'un rideau de chaleur nous tombedessus… et ce n'est pas fini !
Le paysage est désertique, et pourtant, les habitations se succèdent encore longtemps : sur des terrains, qui se calculent en hectares, on trouve des baraques déglinguées, des mobil–homes ou des caravanes de tout poil, la plupart du temps environnés de carcasses de voitures et autres détritus, mais soigneusement clôturés. De temps à autre, on aperçoit un groupe de boites aux lettres au bord de la route. Des gens vivent là, on se demande de quoi : de peu sans doute, et le terrain ne doit pas être bien cher.
Après un col, la route descend vers un grande plaine, qui, en s'approchant, s'avère être un lac salé desséché, le Bristol Lake. Des installation d'exploitation du sel apparaissent : nous approchons d'Amboy. C'est un hameau dont la principale bâtisse est le Roy's Café–Motel, arrêt obligé sur la Route 66 que nous venons de rejoindre.
Nous garons les motos à l'ombre. La chaleur est intense et un des pilotes, au bord de l'insolation, décide de monter dans la fraîcheur climatisée du pick–up. Il sera remplacé sur sa machine par le guide et on ne l'entendra plus jusqu'au lendemain matin…
Le gérant du Roy's ouvre tout exprès pour nous. Nous pouvons nous rafraîchir dans la salle climatisée, boissons glacées à l'appui.
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Après la pause, nous continuons vers l'est sur la 66. Ce sont des successions de longues lignes droites au fond d'une large vallée qui s'étend entre les"Old Women Mounts" (les "monts des vieilles femmes") et les"Providence Mounts". A part nous, il y a peu de trafic : sur la lignede chemin de fer qui est parallèle à la route, à quelques centaines de mètres,j'ai vu plus de trains que de voitures sur l'asphalte ! Au bout d'une cinquantaine de miles, nous rejoignons l'Interstate 40 (l'autoroute) qui double l'ex 66, et qui, en fait, raccourcit le parcours entre Bartow à l'ouest et Needles à l'est.
Après Needles (pause essence), nous traversons le fleuve Colorado et entrons dans l'Arizona. Le paysage est un peu plus vert (pas beaucoup) et l'air, sans doute plus humide, paraît encore plus chaud. La chaleur est telle que lesmanettes de frein et d'embrayage sont brûlantes.
Après un retour de quelques kilomètres vers le sud, nous bifurquons versl'ouest. La route monte en pente douce jusqu'à Oatman, ancienne ville minière. Les maisons sont typiques et le personnage local, Jackass Bill, fait des ravages parmi les shérifs qui se succèdent au rythme des touristes.
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La route se poursuit par une montée de col. Nous sommes toujours sur la 66 : Kingman, Hackberry, Valentine, puis nous entrons dans la réserve des indiens Hualapai. L'arrêt de midi a lieu à Peach Springs, en plein dans la réserve.
L'après–midi, le temps se gâte au loin.
L'orage croise notre route à Seligman et nous profitons de l'attrape–touriste local pour le laisser passer. L'air s'est légèrement rafraîchi et nous continuons : toujours l'US66, puis l'I40 jusqu'à Williams où nous prenons la S64 vers le nord qui nous fait grimper sur le plateau de Coconino.Enfin, l'US180 nous emmène à Grand Canyon Village.
La matinée est consacrée à la visite du Grand Canyon d'abord en hélicoptère, puis en le longeant par la route. Est–ce nécessaire de parler de la beauté du lieu ?J'ai juste regretté de n'avoir pu y descendre.
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Après le repas dans un temple du kitsch (une association de tapis indiens et d'arcades gothiques !), nous continuons la route le long des falaises bordant la vallée du Colorado.
Après Marble Canyon, nous rencontrons ces roches aux formes aussi variées que bizarres : tombées du haut de la falaise il y a quelques milliers (millions?) d'années, le vent les a sculptées.
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A Kanab, nous resterons deux nuits.
Ce matin, donc, excursion à Bryce Canyon, un aller–retour de200 km.
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Red Canyon |
Après Red Canyon, Bryce Canyon nous offre un spectacle de toute beauté, avec ses cheminées, ses arcs et les couches colorées qui se succèdent. De plus, on peut s'y promener.
Jugez plutôt…
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Un Park de plus : le Zion Park. Chacun a son cachet : ici, les roches sont striées par un sculpteur gigantesque.
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Le parc est petit et sa traversée rapide. En fait, il faut une autorisation (un droit d'entrée spécial, sans doute) pour en visiter la partie la plus intéressante.
La route se poursuit : nous rejoignons l'I15 en direction de Las Vegas où nous arrivons vers 15h… trop tôt pour prendre les chambres.
Une visite à la plus grande concession HD du monde s'impose (surtout pour la clim, mais il n'y a pas que le soleil qui chauffe !).
Nous prenons nos quartiers au Treasure Island.
Le soir est l'occasion de visiter le Strip, d'admirer les spectacles,…
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… Et la nuit, celle de se faire plumer par les bandits manchots !
Toujours des grandes plaines ! l'étape est courte et nous faisons un copieux détour pour faire durer le plaisir. D'heure en heure, il fait plus chaud. La route descend progressivement. Un panneau indique Zabriskie Point à gauche, et quelques miles plus loin apparaissent quelques bâtiments. La route descend davantage, quelques virages et nous sommes à 80 m sous le niveau de la mer. Nousnous approchons d'une oasis : Furnace Creek, en plein dans la Vallée de la Mort.
L'hôtel ressemble étrangement à un kibboutz. Il cumule les fonctions de ranch, de "general store", de restaurant, d'hôtel et de musée de l'extraction de borax, le tout sur quelques hectares.
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La température est élevée mais supportable tant il fait sec. La lessive bat les records de vitesse de séchage ! Et jamais Bud n'a paru aussi délicieuse !
Ce matin, nous sommes deux à nous mettre en route plus tôt pour être au lever du soleil à Zabriskie Point.
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Après le petit déjeuner, nous repartons : traversée de la vallée de la mort avec ses dunes dans le lointain …
Repas de midi à Lone Pine, où des artistes locaux nous font une démonstration de théâtre western, pour nous inviter ensuite dans leur salon de photographe : un assortiment de vêtements et d'accessoires d'époque permet aux uns et aux autres de se déguiser. Le patron du lieu en tire un polaroïd "à l'ancienne" et un agrandissement à l'ordinateur.
Après ces réjouissances, nous continuons vers le nord par l'I395 jusqu'à Bishop, puis Mammoth Lakes. Nous sommes alors dans les Cathedral Ranges à une altitude estimée à plus de 2000 m.
Après l'installation pour la nuit, nous montons dans la montagne jusqu'à ces lacs d'altitude …
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A l'hôtel "Cinnamon Bear", l'accueil est aussi délicieux que l'hébergement. Lit à baldaquin pour tous ! |
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Après un arrêt au lac Mono…
… nous remontons vers la ville fantôme Bodie (un fait un écomusée de l'époque des chercheurs d'or). Fabrice nous propose une nouvelle route qu'il ne connaît pas : nous avons droit à 3 miles de macadam rugueux suivi de 7 miles de piste genre "tôle ondulée".
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Après Bridgeport, nous bifurquons vers le Sonora Pass. Un peu plus loin, nous pique-niquons à l'ombre des grands pins et au bord de la rivière |
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L'étape est à Jamestown, une petite ville ex-minière. Toute la population mâle a l'air de se retrouver au saloon du coin : ambiance bruyante mais sympa, la Bud coule à flots.
Aujourd'hui, nous sortons des montagnes pour rejoindre San Fancisco (Frisco pour les intimes) en passant par le nord de la baie, Richmond et San Rafael.
Au programme de la journée, une visite chez Arlen Ness, fabricant de pièces détachées destinées à personnaliser les bécanes, l'arrêt de midi à Sausalito, ville d'origine du mouvement hippie, avec ses maisons flottantes, et, passage obligé, le pont du Golden Gate.
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Chez Arlen Ness : la Dream Machine aux pots plaqués or 24 carats |
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Sausalito |
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Le Golden Gate Bridge |
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En soirée, promenade en ville, sur les quais : attrape-touristes, bistrots et phoques :
Grande étape (530 km) : nous passons par Hollister, siège (si j'ose dire) du fabricant de selles Corbin et ville d'où est parti le mouvement des bandes motorisées.
Nous rejoignons ensuite la magnifique côte Pacifique dont voici quelques aperçus:
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Le soir, hébergement dans un ancien hôtel conservé en l'état.
Retour à Los Angeles via Santa Barbara.
Nous rendons les motos l'après-midi et passons la soirée dans une des avenues commerçantes de la ville
…et dernier du séjour : la matinée et le début de l'après-midi sont passés à flâner sur Venice Beach
Nous reprenons l'avion en fin d'après-midi …